Traitement de la constipation

La constipation a affligé de nombreuses personnes et ce depuis fort longtemps si on considère que les laxatifs comme le séné sont cultivés depuis l’époque des pharaons. De nombreux personnages célèbres, tels le roi Louis XIV, Voltaire et Hitler sont connus pour leurs maux dus à la constipation et les traitements, parfois « héroïques », auxquels ils eurent recours.

Mythes de la constipation

  • 1. Il faut aller à la toilette tous les jours.
  • 2. La constipation fait accumuler des toxines dangereuses.
  • 3. La constipation est dangereuse pour le cancer.

Des mythes populaires concernant les dangers de la constipation doivent tout d’abord être corrigés. Il n’est pas important d’aller à la toilette tous les jours ; certaines personnes n’auront aucun problème à supporter une défécation hebdomadaire, voire plus rare. Il n’est pas vrai que la constipation fait accumuler des toxines dangereuses conduisant à l’intoxication, la migraine, l’arthrite, etc. Il n’est pas vrai non plus que la constipation provoque le cancer et qu’elle doit donc être absolument traitée.

Cependant, il est évident que la constipation peut être inconfortable, voire douloureuse, et même si non dangereuse, elle peut nettement miner la qualité de vie et nécessiter une prise en charge. Nous proposons alors les principes généraux suivants :

  • Viser la régularité : il ne sert à rien de laisser remplir son côlon de façon exagérée et de procéder à une évacuation massive par des laxatifs violents ou des lavements qui le videront en attendant qu’il se remplisse lors des prochains jours. On doit viser plutôt une évacuation plus régulière, même si moins massive ou importante ; des laxatifs plus légers, mais plus réguliers, peuvent être intéressants.
  • Il faut optimaliser la défécation en ne manquant pas sa chance. Il ne sert à rien de tenter de forcer la défécation en s’assoyant sur la toilette de façon prolongée et en forçant de façon indue, mais si le côlon nous indique son besoin de déféquer, ce n’est surtout pas le moment de le contredire ! Il est prêt à travailler pour nous, il ne faut pas le décevoir !
  • La stratégie médicamenteuse, si elle est requise, devrait se faire par étapes dont voici les éléments principaux :
    • La première étape concerne certainement les fibres alimentaires qui peuvent être prises soit dans l’alimentation sous forme de légumes, de fruits ou de son, soit par des agents de masse « artificiels », le plus connu étant le psyllium. L’augmentation des fibres alimentaires constituera certainement une thérapie efficace chez un grand pourcentage de gens, mais il faut tout de même se méfier d’une augmentation trop importante ou trop rapide des fibres qui risquent d’entraîner ballonnements et flatulences désagréables. Boire de l’eau améliorera certes la palatabilité des fibres céréalières ou autres, mais malheureusement, ne sera pas d’une grande aide dans le traitement de la constipation puisque l’eau ingérée sera absorbée au petit intestin et excrétée par les reins et la vessie sans même atteindre le côlon et liquéfier les selles !.
    • La deuxième étape peut avoir recours à des émollients pour ramollir les selles. Le docusate de sodium est fréquemment employé, il est certainement facile et agréable à consommer puisque sous forme de pilule, mais il demeure un agent de faible efficacité. L’huile minérale (l’huile de paraffine), en liquide ou en gelée, est fréquemment utilisée chez l’enfant et constitue probablement une médication sous-utilisée chez l’adulte.
    • Si on doit passer à la troisième étape, on prendrait des agents dits « osmotiques », c’est-à-dire des médicaments laissant dans le tube digestif des particules non absorbables permettant ainsi de retenir l’eau à l’intérieur du tube digestif plutôt que d’être absorbée. Le lait de magnésie est un exemple. Le lactulose est un sucre non absorbé qui peut produire le même effet osmotique; il faut cependant se méfier des gaz fermentés qu’il peut produire et du ballonnement qu’il peut induire. Les solutions de PEG (Colyte, PEGlyte, etc.) permettent au liquide de traverser l’intestin grêle sans être absorbé et d’entrer dans le côlon pour accroître le liquide des selles : prendre de 1 à 2 verres par jour de ces solutions constituerait certainement l’option de choix pour la prise en charge douce et chronique de toute constipation, mais beaucoup de gens déplorent leur goût.
    • Finalement, si ces solutions ont échoué, on pourra se rabattre sur les laxatifs plus puissants dits « irritants ». Le bisacodyl est probablement un choix raisonnable avant d’utiliser les dérivés du séné (Senekot, malva, etc.). Ces médicaments stimulent les mouvements du côlon, souvent de façon violente et peuvent engendrer des crampes. L’huile de ricin (ou de castor) fait partie de ces irritants très violents qui n’ont pas leur place dans le traitement d’entretien de la constipation chronique. La plupart des tisanes, qu’on croit inoffensives et douces, contiennent du séné et pour cette raison, devraient être utilisées avec circonspection. Le jus de pruneaux est un irritant faible et qui donne satisfaction à plusieurs gens.

Des situations exceptionnelles commandent l’emploi d’autres médications stimulantes pour le côlon, voire même des opérations chirurgicales. Heureusement, la constipation peut être contrôlée de façon beaucoup plus facile et sécuritaire chez la très grande majorité des gens.

Tableau II : Étapes de traitement de la constipation

  • Étape 1 : augmenter les fibres de la diète ou par les ajouts de masse tel le psyllium.
  • Étape 2 : amollir les selles (docusate, huile minérale).
  • Étape 3 : laxatifs osmotiques (lait magnésie, lactulose, PEG).
  • Étape 4 : laxatifs irritants (bisacodyl et sinon : séné).