Les douleurs abdominales récidivantes représentent une cause significative d’inquiétude familiale et d’absentéisme scolaire. Elles se retrouvent chez 15 à 20 % des enfants d’âge scolaire. Ces malaises sont réellement perçus par les enfants et la théorie de la viscérosensibilité (intestins hypersensibles) est une des plus retenues pour expliquer ces symptômes.

Les enfants, et surtout les adolescents, peuvent présenter comme les adultes de la dyspepsie, c’est-à-dire des symptômes localisés au haut de l’abdomen et caractérisés principalement par de l’inconfort, de la nausée, une sensation d’être plein ou de ballonner. Le médecin doit toutefois être à l’affût de certains diagnostics pouvant simuler une dyspepsie fonctionnelle, tels l’œsophagite, la gastrite, l’ulcère duodénal ainsi que les problèmes de vésicule biliaire ou de pancréas. Certains de ces enfants pourront nécessiter une investigation pouvant inclure par exemple un bilan sanguin, un test au lactose, une échographie abdominale, un repas baryté, une endoscopie, une scintigraphie ou, parfois, un test non invasif à l’haleine à la recherche d’Helicobacter Pylori. La nécessité de ces évaluations est à discuter avec le médecin de l’enfant selon les symptômes présentés. Le traitement de la dyspepsie chez l’enfant est généralement approché de façon multidisciplinaire, impliquant des mesures diététiques, pharmaceutiques et psychologiques. Les médicaments utilisés incluent les inhibiteurs de la sécrétion acide, les agents de la motilité gastro-intestinale et parfois des antidépresseurs à faible dose afin surtout de diminuer l’hypersensibilité viscérale.

Le syndrome de l’intestin irritable, également présent en âge pédiatrique, affecte de 10 à 20% des adolescents qui sont aux prises avec des douleurs abdominales et des selles anormales. Une approche thérapeutique très similaire à celle décrite chez l’adulte est utilisée.

D’autres groupes d’enfants présentent des douleurs abdominales fonctionnelles ne correspondant pas aux critères de la dyspepsie ou du syndrome de l’intestin irritable. Ces enfants sont en général plus jeunes, en début d’âge scolaire : la douleur est localisée habituellement autour de l’ombilic et n’a pas de relation précise avec les repas ou avec des activités quelconques. Ces malaises sont souvent présents le matin au réveil et le soir au coucher. Ils ne causent habituellement pas de réveil nocturne. Certains de ces enfants sont plutôt perfectionnistes ou ont des difficultés d’apprentissage non soupçonnées, tandis que leurs parents ont de très fortes attentes de performance. Ces enfants présentent souvent des maux de tête, des nausées, des étourdissements et de la fatigue accompagnant leurs maux de ventre. Les symptômes psychologiques doivent ici être évalués de près et il n’est pas rare de rencontrer des situations d’anxiété de séparation, de somatisation, de phobie scolaire ou de gain secondaire associées aux symptômes. L’examen physique est en général normal ainsi que les investigations usuelles. Le traitement consiste essentiellement à rassurer l’enfant et sa famille, et les accompagner dans l’évolution du problème. Le support psychologique est souvent de mise, et parfois des antidépresseurs à faible dose peuvent être utiles.

La migraine abdominale se retrouve chez 2% des enfants. Elle se caractérise par des douleurs intenses, sous forme de crises, localisées au centre de l’abdomen, pouvant durer de 2 heures jusqu’à quelques jours. L’enfant est complètement bien entre les crises. Certains autres symptômes accompagnent habituellement ces évènements, tels les maux de tête ou l’intolérance à la lumière. Une histoire familiale de migraine est fréquemment présente. Ces épisodes de « migraine abdominale » sont généralement traités avec des anti-migraineux pouvant être pris au besoin ou en prévention si les crises sont fréquentes.

Nous avons très peu de données sur l’évolution à long terme de ces malaises fonctionnelles mais il semble qu’au moins 30 à 50 % de ces enfants vont persister avec une symptomatologie fonctionnelle à l’adolescence et à l’âge adulte. Des études prospectives devraient nous informer davantage sur l’évolution naturelle de ces problèmes.

Nous espérons que ce survol rapide de certains problèmes fonctionnels chez l’enfant vous aidera à comprendre ces phénomènes.

Éric Drouin, MD
Pédiatre Gastro-entérologue
Hôpital Ste-Justine

Été 2003