L’incontinence fécale fait partie des troubles fonctionnels intestinaux. Le but de cet article n’est pas de traiter des causes et des traitements de l’incontinence, mais de mettre l’emphase sur un problème médical mal connu et dont le retentissement social et économique est sous-estimé.

Importance de l’incontinence fécale

L’incontinence fécale se définit comme l’émission involontaire de gaz ou de selles par l’anus. Cette perte involontaire peut être de gravité variable : il peut s’agir d’un suintement (« soiling » en anglais), d’accidents épisodiques au cours d’un épisode de diarrhée par exemple, ou de véritables épisodes récurrents d’incontinence aux gaz ou aux matières. L’incontinence fécale est fréquente puisqu’elle concerne, dans les pays occidentaux, environ 5 % de la population active. Elle est caractérisée dans plus de la moitié des cas de pertes involontaires de selles à un rythme d’une fois par semaine à une fois par mois. Il existe des groupes de personnes dites à risques : il s’agit soit de patients ayant eu des chirurgies de l’anus pour des maladies comme des tumeurs, les enfants qui ont eu une malformation anorectale de naissance, les personnes âgées vivant en institution, les malades ayant des maladies neurologiques ou musculaires ou encore des gens qui présentent une incontinence urinaire. Tous ces groupes présentent une fréquence plus élevée d’incontinence anale bien que peu de chiffres soient disponibles concernant ce sujet. Les aînés vivant en institution présentent une incontinence dans 30 à 40 % des cas. Les femmes ayant eu des enfants ont un risque supérieur de présenter une incontinence fécale en post-partum immédiat (c’est-à-dire juste après l’accouchement). Après le premier accouchement, l’incontinence varie entre 10 et 25 % surtout s’il y a eu utilisation de forceps ou déchirure pendant l’accouchement. Heureusement, cette incontinence est souvent transitoire, mais le risque de récidive ou d’incontinence fécale durable est plus important dans ce cas après le deuxième accouchement. Il existe une corrélation entre l’incontinence fécale et le syndrome de l’intestin irritable dont nous avons déjà parlé dans cette revue car les femmes présentant un syndrome de l’intestin irritable ont un risque supérieur de développer une incontinence après l’accouchement (66 % des femmes avec syndrome de l’intestin irritable contre 18 % sans syndrome de l’intestin irritable).

Incidences socioéconomiques de l’incontinence

Peu d’études ont évalué les incidences socioéconomiques de l’incontinence fécale. Cependant, aux Etats-Unis, l’incontinence est une cause d’absentéisme professionnel de 2 semaines par an. Au Canada, le coût de l’incontinence fécale chez les personnes vivant en institution est de 10 000 $ par année (étude qui date maintenant d’il y a 10 ans !). Dans la même étude, il est démontré qu’une personne incontinente a nécessité la présence d’une autre personne plus de 50 minutes par jour. Chez les femmes qui souffrent d’incontinence fécale après l’accouchement, le coût moyen de prise en charge était de 17 000 $ US en 1999. Enfin, on signalera que l’incontinence fécale représente la deuxième cause d’institutionnalisation des aînés et que, lors de nos consultations en clinique externe, 33 % des patients qui nous consultent et qui présentent une incontinence fécale disent restreindre leurs activités sociales ou professionnelles à cause de ce problème. Ce chiffre témoigne bien des incidences socioéconomiques et de la souffrance des patients.

Il n’existe actuellement aucun chiffre au Québec sur l’importance ou plus exactement la prévalence (= nombre de cas dans la population) de cette maladie et sur ses incidences sur la population. À Montréal, la prise en charge souffre encore de nombreuses lacunes, mais un groupe de travail a été créé récemment à l’Hôpital Saint-Luc.

Été 2005

INCONTINENCE FÉCALE :
Un trouble fonctionnel sous-estimé
Mickael Bouin, M.D., Ph.D.
Gastro-entérologue
Hôpital Saint-Luc – CHUM