Dans cet article, nous parlerons de la manométrie anorectale qui est la méthode de référence pour l’investigation de la continence anale et de la défécation. Cet examen repose sur l’enregistrement des pressions régnant dans l’ampoule rectale et le canal anal. De réalisation facile et reproductive, cet examen est sans danger et indolore.

Rappel anatomique

La figure 1 vous montre la région qui sera explorée par la manométrie anorectale. Il s’agit de l’ampoule rectale et du canal anal (anus) qui est constitué d’un sphincter musculaire (en fait, il y a 2 sphincters : un qui s’appelle le sphincter externe et l’autre le sphincter interne).

Figure 1 : Anatomie de la région anorectale

Matériel utilisé

Le matériel utilisé est une sonde de manométrie que vous pouvez voir sur la figure 2. Cette sonde a à peu près la taille d’un stylo, elle est munie d’un ballonnet à son extrémité qui peut-être gonflé à différents volumes et qui possède également un capteur de pression. Ce ballonnet est introduit dans le rectum et il mesure en permanence la pression qui y règne. Quelques centimètres plus loin sur cette sonde, il y a 2 autres petits ballonnets qui eux vont être introduits dans la partie haute et basse du canal anal et qui mesurent également en permanence les pressions dans cette partie. Cette sonde est introduite au niveau du rectum et de l’anus, la sonde est en plastique et se prolonge ensuite jusqu’à un appareil qui capte les pressions. Cet appareil est lui-même branché sur un ordinateur où on peut lire les variations de pression sur l’écran. L’infirmière qui réalise l’examen peut également, à distance, gonfler le ballon intrarectal au volume souhaité.

Figure 2a : Sonde de manométrie

Figure 2b : Sonde de manométrie anorectale en place.

 

Comment se déroule l’examen

Avant l’examen, le patient doit avoir un petit lavement rectal (type lavement Fleet) afin d’être sûr que le rectum est vide. Le patient est ensuite allongé sur une civière, sur le côté gauche ou sur le dos (cf. figure 3). La sonde est lubrifiée et délicatement introduite par l’infirmière au niveau de l’anus. Quand les différents capteurs de pression sont en place, l’examen peut commencer. Dans tous les cas, l’examen est enregistré de manière continue et les résultats sont stockés sur l’ordinateur. Ils sont ensuite analysés par l’infirmière et par le médecin et c’est après la lecture du tracé que sont donnés les résultats. L’examen va durer une vingtaine de minutes et comporte plusieurs phases d’enregistrement.

Figure 3 : Patient en cours d’examen de manométrie anorectale

L’enregistrement de repos

On mesure tout d’abord le tonus sphinctérien au repos. L’infirmière va ensuite gonfler le ballon rectal à des petits volumes, ce qui entraîne des phénomènes réflexes au niveau des sphincters. Pendant cette phase d’enregistrement, le patient est totalement passif. Lors des gonflements du ballon, on observe une relaxation du sphincter interne et un resserrement du sphincter externe de manière réflexe et non contrôlée par l’individu.

L’enregistrement de l’activité volontaire

Afin de regarder si le sphincter, qui permet la continence dans les périodes d’urgence fonctionne correctement, on fait tousser le patient, ce qui doit entraîner une contraction réflexe du sphincter externe. Ensuite, on fait serrer le patient de manière volontaire, soit par périodes brèves, soit pour une période plus prolongée. La mesure des pressions lors de ces manœuvres permet de dire si la contraction sphinctérienne est correcte.

Enregistrement de la défécation simulée

Pendant cette quatrième phase d’enregistrement, le ballon intrarectal peut être gonflé ou non. On demande au patient de pousser sur la table d’examen comme pour expulser la sonde, cela permet, bien sûr, de reproduire le phénomène de défécation et de mesurer les pressions intrarectales et intrasphinctériennes lors de cette manœuvre.

Mesure des seuils de perception

Cette dernière phase d’enregistrement consiste à mesurer les volumes de distensions qui déclenchent des seuils de perception. On va donc gonfler le ballonnet rectal à des volumes progressifs et le patient va percevoir le premier volume de distension, puis le besoin de déféquer et enfin, le volume maximum au-delà duquel la situation sera très inconfortable ou pourra devenir douloureuse.

 

Indication de la manométrie anorectale

La manométrie anorectale est demandée par le médecin dans deux situations principales : l’incontinence anale et la constipation.

Incontinence anale

La manométrie permet de différencier les défauts de continence d’origine soit sphinctérienne, soit liés à un trouble de la sensibilité ou d’élasticité rectale. Par ailleurs, elle est également capable de départager une déficience sphinctérienne interne ou externe. Elle a surtout l’avantage d’objectiver et de chiffrer les anomalies et de préparer aux possibilités thérapeutiques chirurgicales ou rééducatives et également de contrôler le résultat.

La constipation

La manométrie anorectale est effectuée après élimination d’une cause organique à la constipation et après échec des traitements classiques. Elle permet de mettre en évidence des anomalies neurologiques du tube digestif comme la maladie de Hirschsprung qui est surtout vu chez l’enfant. Chez l’adulte, des anomalies comme l’hypertonie de repos, la présence d’ondes anormales, un défaut de synchronisation entre le rectum et les sphincters communément appelé anisme, un méga rectum fonctionnel par altération de la sensibilité rectale peuvent être mis en évidence et expliquer la constipation.

En résumé, la manométrie anorectale est un examen très simple de réalisation qui nécessite très peu de préparation et qui n’est pas douloureux. Bien souvent, les patients appréhendent cet examen parce qu’il se situe au niveau de l’anus. En réalité, il est très bien supporté physiquement et psychologiquement lorsqu’il est réalisé par une infirmière patiente, respectueuse et compétente. De plus, la manométrie anorectale apporte de précieux renseignements à votre médecin pour la prise en charge de certaines maladies fonctionnelles comme la constipation ou l’incontinence.