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Pourquoi j'ai mal au ventre?
Publié par AMGIF
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Pourquoi j'ai mal au ventre? octobre 06, 2009 05:36 |
Date enregistrement: 11 mois plus tôt Messages: 0 |
POURQUOI J’AI MAL AU VENTRE?
ou la physiopathologie des troubles fonctionnels intestinaux
LA SENSIBILITÉ VISCÉRALE NORMALE ET ANORMALE
Qu’est-ce que la sensibilité viscérale?
Nos intestins perçoivent en permanence de très nombreux messages sensitifs qui restent, pour la grande majorité des gens, totalement inconscients. Les informations recueillies sont multiples et concernent, par exemple, le volume alimentaire, son acidité, son contenu, sa richesse en eau, etc. Ces informations sont analysées dans des centres nerveux qui vont décider des réponses à apporter, c’est-à-dire la sécrétion appropriée d’enzymes, d’hormones, ou des phénomènes de contractions de l’intestin. Les centres nerveux peuvent être situés dans le tube digestif lui-même, ce qui permet au tube digestif d’avoir une grande autonomie de fonctionnement. Mais d’autres centres nerveux sont situés dans la moelle épinière ou dans le tronc cérébral qui se trouve en dessous du cerveau; ce tronc cérébral est lui-même connecté à notre cerveau. La plupart des messages sensitifs normalement ne vont pas jusqu’à notre cerveau et s, arrêtent à l’un de ces différents centres. Les rares messages sensitifs qui arrivent à la conscience sont, par exemple, la sensation de satiété, quand l’estomac est plein, ou l’envie d’aller aux toilettes lors du remplissage rectal.
Qu’est-ce que l’hypersensibilité viscérale?
L’hypersensibilité viscérale est un état anormal dans lequel une stimulation normale est perçue comme douloureuse. Au sens strict du terme, c’est ce qu’on appelle en médecine une « allodynie ». Cette hypersensibilité viscérale a été décrite pour la première fois en 1973 au cours du syndrome du côlon irritable.
Comment mesurer l’hypersensibilité viscérale?
Le meilleur test actuellement disponible pour mesurer l’hypersensibilité viscérale est de créer une stimulation artificielle dans le tube digestif, perceptible par celui-ci, grâce à un ballonnet que l’on gonfle dans l’intestin. Cette technique s’appelle le « barostat ». Elle peut être utilisée dans n’importe quel organe creux, mais pour des raisons de facilités, elle est essentiellement utilisée dans l’œsophage, l’estomac et le rectum. Le ballonnet est gonflé progressivement reproduisant les sensations physiologiques normales, et anormales du patient.
LES RÉSULTATS DE NOS RECHERCHES SUR L’HYPERSENSIBILITÉ VISCÉRALE
Nous avons tenté de répondre à plusieurs questions sur l’hypersensibilité viscérale. Particulièrement, savoir si elle était fréquente, si elle était présente dans plusieurs types de troubles fonctionnels intestinaux, si elle pouvait exister également dans les maladies organiques en dehors de troubles fonctionnels intestinaux, si elle ne touchait que le tube digestif ou s’il existait une hypersensibilité du reste du corps également, et, enfin, si elle touchait tout le tube digestif où était localisé un organe.
Fréquence de l’hypersensibilité viscérale
À l’Hôpital Saint-Luc de Montréal, nous avons démontré que 90% des patients qui présentent un syndrome du côlon irritable avaient une hypersensibilité rectale. Ces résultats sont comparables à ceux d’autres auteurs, notamment américains. Ils montrent que l’hypersensibilité est très fréquente mais qu’elle n’est pas obligatoire car 10% des patients ont un syndrome du côlon irritable sans hypersensibilité. Il s’agit donc d’un marqueur important dans le côlon irritable, ce qui justifie d’en étudier les caractéristiques.
L’hypersensibilité viscérale touche-t-elle plusieurs types de troubles fonctionnels intestinaux?
Nous avons recherché l’existence de l’hypersensibilité viscérale dans 3 types de troubles fonctionnels intestinaux : le côlon irritable, la constipation fonctionnelle et la dyspepsie fonctionnelle. Les résultats ont montré que comme dans le côlon irritable, il existe une hypersensibilité fréquente d’environ 90% des patients dans la dyspepsie fonctionnelle, mais que cette hypersensibilité était absente dans la constipation fonctionnelle. L’hypersensibilité viscérale n’est donc pas un marqueur de tous les troubles fonctionnels intestinaux.
L’hypersensibilité existe t-elle dans les maladies organiques
Certains patients ont des symptômes digestifs en tous points comparables aux troubles fonctionnels intestinaux, mais présentent en fait des maladies organiques dont le diagnostic est parfois fait plusieurs mois, plusieurs années après. Nous avons recherché l’hypersensibilité chez certains patients présentant une maladie cœliaque, une intolérance au lactose, une maladie inflammatoire de l’intestin ou des maladies psychiatriques à expression digestive, et nous n’avons pas trouvé d’hypersensibilité viscérale. On peut donc dire que l’hypersensibilité est un phénomène fréquent et spécifique dans les troubles fonctionnels intestinaux.
L’hypersensibilité ne touche-t-elle que le tube digestif?
Nous avons exploré la sensibilité cutanée chez des sujets sains et chez des patients avec troubles digestifs fonctionnels par le test de la main dans l’eau froide. Nous avons démontré que certains types de perception, comme l’inconfort que l’on peut ressentir en mettant la main dans une eau à cette température, était tout à fait comparable entre les sujets normaux et les patients avec troubles fonctionnels. Par contre, l’apparition de phénomènes douloureux est plus précoce chez les gens avec troubles fonctionnels digestifs, ce qui témoigne d’un certain degré d’une hypersensibilité cutanée. Cette hypersensibilité cutanée concerne environ 1/3 des patients avec troubles digestifs fonctionnels.
L’hypersensibilité touche-t-elle tout le tube digestif?
Nous avons testé chez différents types de patients, soit ceux avec une dyspepsie fonctionnelle, soit ceux avec un côlon irritable, soit encore ceux avec une dyspepsie fonctionnelle et un côlon irritable, l’hypersensibilité dans l’estomac et dans le rectum. Environ le tiers de tous les patients présentent une hypersensibilité diffuse, c’est-à-dire à la fois de l’estomac et du rectum, alors que cette hypersensibilité est localisée à un seul des organes 9 fois sur 10.
En résumé, l’ensemble de ces résultats montre que l’hypersensibilité est fréquente, qu’elle touche certains types de troubles fonctionnels intestinaux, mais pas tous, et qu’elle n’existe pas dans les maladies organiques, qu’elle peut également exister en dehors du tube digestif (test de la main dans l’eau froide) et, qu’enfin, elle peut exister de manière diffuse ou localisée dans le tube digestif. On peut donc conclure que la présence anormale de douleur au ventre est souvent causée par une hypersensibilité viscérale, qui nt est maintenant mesurable, et qui présente des caractéristiques complexes ainsi que nous venons de le voir.
Pourquoi développe-t-on une hypersensibilité digestive est une question à laquelle nous n’avons pas encore pu répondre. Des hypothèses sont nombreuses. Il pourrait s’agir soit d’une anomalie au niveau du tube digestif lui-même qui va amplifier de manière anormale le message sensitif. Il peut également s’agir d’une anomalie, au niveau des relais de la moelle épinière, des messages sensitifs qui sont normalement filtrés et qui ne doivent pas dépasser ce niveau là. Peut-être existe-t-il au niveau de la moelle une absence d’inhibition des messages douloureux qui peuvent ainsi se propager jusqu’au cerveau. Enfin, la troisième hypothèse serait qu’au niveau cérébral, le message sensitif est soit mal orienté, soit mal interprété par les centres nerveux cérébraux.
Mickael Bouin, M.D., Ph.D.
Gastro-entérologue
Hôpital Saint-Luc – CHUM
ou la physiopathologie des troubles fonctionnels intestinaux
LA SENSIBILITÉ VISCÉRALE NORMALE ET ANORMALE
Qu’est-ce que la sensibilité viscérale?
Nos intestins perçoivent en permanence de très nombreux messages sensitifs qui restent, pour la grande majorité des gens, totalement inconscients. Les informations recueillies sont multiples et concernent, par exemple, le volume alimentaire, son acidité, son contenu, sa richesse en eau, etc. Ces informations sont analysées dans des centres nerveux qui vont décider des réponses à apporter, c’est-à-dire la sécrétion appropriée d’enzymes, d’hormones, ou des phénomènes de contractions de l’intestin. Les centres nerveux peuvent être situés dans le tube digestif lui-même, ce qui permet au tube digestif d’avoir une grande autonomie de fonctionnement. Mais d’autres centres nerveux sont situés dans la moelle épinière ou dans le tronc cérébral qui se trouve en dessous du cerveau; ce tronc cérébral est lui-même connecté à notre cerveau. La plupart des messages sensitifs normalement ne vont pas jusqu’à notre cerveau et s, arrêtent à l’un de ces différents centres. Les rares messages sensitifs qui arrivent à la conscience sont, par exemple, la sensation de satiété, quand l’estomac est plein, ou l’envie d’aller aux toilettes lors du remplissage rectal.
Qu’est-ce que l’hypersensibilité viscérale?
L’hypersensibilité viscérale est un état anormal dans lequel une stimulation normale est perçue comme douloureuse. Au sens strict du terme, c’est ce qu’on appelle en médecine une « allodynie ». Cette hypersensibilité viscérale a été décrite pour la première fois en 1973 au cours du syndrome du côlon irritable.
Comment mesurer l’hypersensibilité viscérale?
Le meilleur test actuellement disponible pour mesurer l’hypersensibilité viscérale est de créer une stimulation artificielle dans le tube digestif, perceptible par celui-ci, grâce à un ballonnet que l’on gonfle dans l’intestin. Cette technique s’appelle le « barostat ». Elle peut être utilisée dans n’importe quel organe creux, mais pour des raisons de facilités, elle est essentiellement utilisée dans l’œsophage, l’estomac et le rectum. Le ballonnet est gonflé progressivement reproduisant les sensations physiologiques normales, et anormales du patient.
LES RÉSULTATS DE NOS RECHERCHES SUR L’HYPERSENSIBILITÉ VISCÉRALE
Nous avons tenté de répondre à plusieurs questions sur l’hypersensibilité viscérale. Particulièrement, savoir si elle était fréquente, si elle était présente dans plusieurs types de troubles fonctionnels intestinaux, si elle pouvait exister également dans les maladies organiques en dehors de troubles fonctionnels intestinaux, si elle ne touchait que le tube digestif ou s’il existait une hypersensibilité du reste du corps également, et, enfin, si elle touchait tout le tube digestif où était localisé un organe.
Fréquence de l’hypersensibilité viscérale
À l’Hôpital Saint-Luc de Montréal, nous avons démontré que 90% des patients qui présentent un syndrome du côlon irritable avaient une hypersensibilité rectale. Ces résultats sont comparables à ceux d’autres auteurs, notamment américains. Ils montrent que l’hypersensibilité est très fréquente mais qu’elle n’est pas obligatoire car 10% des patients ont un syndrome du côlon irritable sans hypersensibilité. Il s’agit donc d’un marqueur important dans le côlon irritable, ce qui justifie d’en étudier les caractéristiques.
L’hypersensibilité viscérale touche-t-elle plusieurs types de troubles fonctionnels intestinaux?
Nous avons recherché l’existence de l’hypersensibilité viscérale dans 3 types de troubles fonctionnels intestinaux : le côlon irritable, la constipation fonctionnelle et la dyspepsie fonctionnelle. Les résultats ont montré que comme dans le côlon irritable, il existe une hypersensibilité fréquente d’environ 90% des patients dans la dyspepsie fonctionnelle, mais que cette hypersensibilité était absente dans la constipation fonctionnelle. L’hypersensibilité viscérale n’est donc pas un marqueur de tous les troubles fonctionnels intestinaux.
L’hypersensibilité existe t-elle dans les maladies organiques
Certains patients ont des symptômes digestifs en tous points comparables aux troubles fonctionnels intestinaux, mais présentent en fait des maladies organiques dont le diagnostic est parfois fait plusieurs mois, plusieurs années après. Nous avons recherché l’hypersensibilité chez certains patients présentant une maladie cœliaque, une intolérance au lactose, une maladie inflammatoire de l’intestin ou des maladies psychiatriques à expression digestive, et nous n’avons pas trouvé d’hypersensibilité viscérale. On peut donc dire que l’hypersensibilité est un phénomène fréquent et spécifique dans les troubles fonctionnels intestinaux.
L’hypersensibilité ne touche-t-elle que le tube digestif?
Nous avons exploré la sensibilité cutanée chez des sujets sains et chez des patients avec troubles digestifs fonctionnels par le test de la main dans l’eau froide. Nous avons démontré que certains types de perception, comme l’inconfort que l’on peut ressentir en mettant la main dans une eau à cette température, était tout à fait comparable entre les sujets normaux et les patients avec troubles fonctionnels. Par contre, l’apparition de phénomènes douloureux est plus précoce chez les gens avec troubles fonctionnels digestifs, ce qui témoigne d’un certain degré d’une hypersensibilité cutanée. Cette hypersensibilité cutanée concerne environ 1/3 des patients avec troubles digestifs fonctionnels.
L’hypersensibilité touche-t-elle tout le tube digestif?
Nous avons testé chez différents types de patients, soit ceux avec une dyspepsie fonctionnelle, soit ceux avec un côlon irritable, soit encore ceux avec une dyspepsie fonctionnelle et un côlon irritable, l’hypersensibilité dans l’estomac et dans le rectum. Environ le tiers de tous les patients présentent une hypersensibilité diffuse, c’est-à-dire à la fois de l’estomac et du rectum, alors que cette hypersensibilité est localisée à un seul des organes 9 fois sur 10.
En résumé, l’ensemble de ces résultats montre que l’hypersensibilité est fréquente, qu’elle touche certains types de troubles fonctionnels intestinaux, mais pas tous, et qu’elle n’existe pas dans les maladies organiques, qu’elle peut également exister en dehors du tube digestif (test de la main dans l’eau froide) et, qu’enfin, elle peut exister de manière diffuse ou localisée dans le tube digestif. On peut donc conclure que la présence anormale de douleur au ventre est souvent causée par une hypersensibilité viscérale, qui nt est maintenant mesurable, et qui présente des caractéristiques complexes ainsi que nous venons de le voir.
Pourquoi développe-t-on une hypersensibilité digestive est une question à laquelle nous n’avons pas encore pu répondre. Des hypothèses sont nombreuses. Il pourrait s’agir soit d’une anomalie au niveau du tube digestif lui-même qui va amplifier de manière anormale le message sensitif. Il peut également s’agir d’une anomalie, au niveau des relais de la moelle épinière, des messages sensitifs qui sont normalement filtrés et qui ne doivent pas dépasser ce niveau là. Peut-être existe-t-il au niveau de la moelle une absence d’inhibition des messages douloureux qui peuvent ainsi se propager jusqu’au cerveau. Enfin, la troisième hypothèse serait qu’au niveau cérébral, le message sensitif est soit mal orienté, soit mal interprété par les centres nerveux cérébraux.
Mickael Bouin, M.D., Ph.D.
Gastro-entérologue
Hôpital Saint-Luc – CHUM
