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Au bout du tube digestif !

Publié par AMGIF 
Au bout du tube digestif !
octobre 14, 2009 10:31
Le rectum et l’anus sont situés à la toute fin du tube digestif. Beaucoup de gens hésitent à parler de cette partie de leur anatomie ainsi que des inconforts qui les accablent. Pourtant, l’anus et le rectum jouent un rôle important dans le cheminement des aliments le long de notre tube digestif et dans notre vie.
I. Fonctionnement normal de la région anorectale

Le voyage des aliments dans notre organisme commence au niveau de la bouche où les dents déchirent en petits morceaux les aliments que nous ingérons. On avale ensuite ces aliments qui traversent l’œsophage en quelques secondes pour atteindre l’estomac. Dans l’estomac, grâce à l’acide gastrique sécrété et aux mouvements des parois gastriques, les aliments sont réduits en bouillie pour préparer leur future digestion dans l’intestin grêle. L’intestin grêle est le roi de la digestion. C’est là que les aliments, maintenant réduits en fines particules par diverses enzymes du pancréas ou de l’intestin, peuvent traverser la paroi de l’intestin pour pénétrer dans nos vaisseaux et nourrir notre corps. En 4 à 8 heures environ, notre organisme assimile, par l’intermédiaire de l’intestin grêle, les aliments ingérés.

De leur côté, les substances non utilisées atteignent le côlon. C’est dans cette partie du gros intestin que s’effectue la dernière altération de ces substances non absorbées ou rejetées par l’intestin. En réabsorbant l’eau et certains électrolytes de ces solutions, on assiste alors à la formation d’une matière plus solide, les selles. À force d’être poussées vers l’avant, les selles parviennent finalement au rectum.

Le rectum constitue la dernière portion du gros intestin et travaille de concert avec les muscles de l’anus pour permettre, de façon organisée et efficace, l’évacuation des selles. Sans cette région anorectale, notre vie serait marquée par une expulsion plus ou moins constante de selles molles, voire liquides. Le rôle de la région anorectale est de freiner ou de contenir ce flot de sécrétion et de permettre une expulsion ou exonération organisée, rythmée et confortable pour notre vie sociale fonctionnelle, des déchets de la digestion.
II. L’anus, une barrière

L’anus est donc une barrière qui doit être fermée et étanche la majeure partie du temps pour garder les selles à l’intérieur du corps, c’est-à-dire surtout dans le rectum et le bas du côlon; on peut ainsi éviter les pertes fécales involontaires qu’on appelle incontinences ou fuites. La barrière anale doit aussi pouvoir se relâcher complètement, et sur commande, pour permettre le passage des selles lorsqu’on désire procéder à leur évacuation.
A. Barrière trop lâche : incontinence

L’incontinence fécale est une situation fréquente. 5 % de la population active présente cet inconfort qui constitue la deuxième cause d’institutionnalisation chez les gens âgés. Souvent par gêne ou honte, on taira ce problème même s’il force un tiers des gens qui en souffrent à restreindre leurs activités.

Plusieurs causes peuvent expliquer la faiblesse de la barrière anale et l’incontinence :

* Les muscles de l’anus peuvent être affaiblis par certaines maladies musculaires ou, plus souvent, par le « vieillissement ». Les muscles peuvent aussi être déchirés, conséquence fréquente des accouchements traumatiques.
* Les nerfs commandant les muscles de l’anus peuvent aussi être malades. Un étirement excessif lors de l’accouchement est souvent en cause, ou encore certaines maladies tels le diabète, la sclérose en plaques, etc.
* Les maladies du rectum (inflammation, fécalome, etc.) ou des selles liquides peuvent aussi favoriser l’incontinence.

Il existe différents traitements pour soigner l’incontinence :

* 1. Des mesures générales tels
o a) Solidifier les selles avec, par exemple, de l’Imodium ; des selles liquides sont en effet beaucoup plus difficiles à contenir que des selles solides.
o b) Vider le rectum (par des suppositoires ou des lavements) avant une sortie peut être un « truc » efficace pour retarder de quelques heures l’incontinence.
o c) Porter des protecteurs (tampons, serviettes, couches, etc.) pour minimiser les inconforts sociaux et hygiéniques de l’incontinence.
* 2. Des mesures de rééducation et de renforcement des muscles pelviens et anaux par physiothérapie et/ou biofeedback peuvent être utiles.
* 3. Des chirurgies de réparation des muscles de l’anus déchirés peuvent être efficaces dans certains cas bien précis.
* 4. Les atteintes neurologiques peuvent être compensées par des neurostimulateurs implantés chirurgicalement.
* 5. Dans les cas extrêmes, certains appareils peuvent faire office d’anus artificiel. Une colostomie, un sac à la peau avec anus artificiel, peut même s’avérer une solution préférable à l’incontinence sévère chez certains malades.

B. Barrière trop serrée : difficulté d’évacuation

La barrière qui retient les selles, l’anus, peut mal s’ouvrir et ainsi empêcher le passage des selles lorsqu’on veut procéder à leur évacuation.

Le fonctionnement de la barrière peut être altéré dans ce qu’on appelle l’anisme ou la dysynergie anorectale. Dans ce cas, l’anus, plutôt que de s’ouvrir lorsqu’on pousse pour déféquer, se contracte; on peut bien imaginer ici les difficultés ressenties et la constipation qui s’ensuit. Des exercices de rééducation par biofeedback peuvent habituellement rendre à l’anus son fonctionnement normal.

Les désordres d’évacuation peuvent être dus à d’autres maladies qui devront être investiguées par le médecin. Une obstruction ou un blocage à l’évacuation dû à une tumeur, un rétrécissement (sténose) ou des hernies internes (rectocèle, entérocèle, prolapsus, etc.) devront évidemment nécessiter un traitement spécifique.
III. Autres maladies de l’anus

Diverses maladies de l’anus peuvent aussi générer de l’inconfort :

* Les hémorroïdes sont dues à des veines dilatées de l’anus. Elles peuvent saigner (sang rouge clair) et/ou être douloureuses. La chirurgie, auparavant courante mais inconfortable, a fait place le plus souvent à diverses interventions dont la ligature par bandes élastiques.
* La fissure anale est une déchirure du muscle anal souvent causée par des selles trop dures. La douleur et le saignement qui y sont reliés peuvent être contrôlés par diverses crèmes et surtout par l’amollissement des selles.
* Des spasmes ou des crampes de l’anus. La proctalgie fugace est une crampe de l’anus (comme une crampe au mollet !) qui survient souvent la nuit. Heureusement, elle disparaît habituellement spontanément en quelques minutes. Une douleur plus chronique, plus sourde, caractérise le « syndrome du releveur ».
* Le cancer de l’anus. La chimiothérapie est habituellement le traitement utilisé pour soigner ce rare cancer.

Le bon fonctionnement de la région anorectale est une condition essentielle à notre qualité de vie. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.

Pierre Poitras, M.D.
Mars 2009
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