Dyspepsie non ulcéreuse

L'estomac et la dyspepsie

SYMPTÔMES HABITUELS

  • Douleur ou inconfort à l’estomac (brûlures, crampes, lourdeur,etc.)
  • Gonflement gastrique après les repas
  • Digestion lente
  • Nausées, vomissements, rots

L’estomac et la Dyspepsie

Les désordres gastro-duodénaux

Tableau 1 : Classification de Rome II

  • B. Désordres gastro-duodénaux
    • B1. Dyspepsie fonctionnelle
      • B1a. type ulcéreuse
      • B1b. type motrice
      • B1c. non spécifique
    • B2. Aérophagie
    • B3. Vomissement fonctionnel

Le mot dyspepsie réfère à une douleur ou à un inconfort centré dans le haut de l’abdomen, au creux de l’estomac, donc sous les côtes et au-dessus de l’ombilic. L’étude Digest menée chez 1036 citoyens canadiens a révélé que 21 % des individus questionnés présentaient de la dyspepsie. Même si toutes ces personnes n’ont pas eu à consulter leur médecin, on peut certainement conclure que la dyspepsie est la plus fréquente des complaintes digestives fonctionnelles. Le tableau 2 nous indique les critères diagnostiques suggérés par le groupe de Rome.

Tableau 2

Dyspepsie fonctionnelle : critères diagnostiques (Rome II)

Au moins 12 semaines, qui n’ont pas besoin d’être consécutives, durant les 12 derniers mois où l’on a constaté :

  • une dyspepsie (douleur ou inconfort centré dans le haut de l’abdomen) persistante ou récidivante ;
  • aucune évidence de maladie organique (incluant la gastroscopie) qui pourrait expliquer les symptômes ;
  • aucune évidence que la dyspepsie est soulagée exclusivement par la défécation ou associée avec le début d’un changement dans la fréquence ou la forme des selles (c’est-à-dire pas un syndrome de l’intestin irritable).

Critères diagnostiques : sous-groupes de dyspepsie fonctionnelle

B1a. Dyspepsie d’allure ulcéreuse :
douleur centrée dans l’abdomen haut (symptôme prédominant).

B1b. Dyspepsie motrice :
une sensation désagréable ou inconfortable, mais non douloureuse, centrée dans le haut de l’abdomen est le symptôme prédominant ; cette sensation peut être caractérisée ou associée à une sensation de plénitude de l’abdomen haut, de satiété précoce, de ballonnement ou de nausée.

Dyspepsie d’allure ulcéreuse (B1a.)

La dyspepsie d’allure ulcéreuse est fréquente. Les patients se plaignent de douleurs qui miment l’ulcère d’estomac, c’est-à-dire des douleurs à l’épigastre (dans le centre de l’abdomen supérieur), souvent sous forme de brûlure ; celles-ci pourront être diminuées ou augmentées par l’ingestion d’aliments, et soulagées avec des antiacides (Tums, Maalox, Zantac, Losec, etc.). La gastroscopie, c’est-à-dire un examen fait avec une petite caméra introduite par la bouche pour examiner l’œsophage, l’estomac et le duodénum, est habituellement nécessaire pour éliminer un ulcère, soit de l’estomac ou du duodénum. Un repas baryté, c’est-à-dire la radiographie de l’estomac en ingérant du baryum, est moins précis que la gastroscopie ; il pourrait donner lieu à des résultats faussement négatifs comme faussement positifs, et, à cause de ça, son utilité est relative. Dans certaines situations plus rares, des analyses sanguines ainsi que des examens complémentaires par échographie ou scanner seront demandés pour éliminer des maladies de la vésicule biliaire ou du pancréas qui, à l’occasion, pourraient donner des symptômes vagues ou atypiques et mimant la dyspepsie ulcéreuse.

Très souvent, les médicaments utilisés pour le traitement de l’ulcère, c’est-à-dire les antiacides (Rolaid, Tums, etc.), les bloqueurs H2 (Zantac, Pepcid, etc.) et les puissants inhibiteurs de la pompe à protons (IPP : Losec, Prevacid, Pantoloc, etc.) pourront contrôler les douleurs de la dyspepsie d’allure ulcéreuse. Chez certaines personnes cependant, le soulagement ne surviendra qu’avec de fortes doses (double dose) et après une utilisation soutenue (1 ou 2 semaines). Contrairement à l’ulcère d’estomac qui est dû à une hyperproduction d’acide, la dyspepsie fonctionnelle d’allure ulcéreuse n’est pas associée à une hypersécrétion d’acide. On pense cependant que l’estomac est hypersensible à l’acide et que diminuer l’acide permettra de moins « irriter » l’estomac hypersensible. En cas d’échec de ces traitements hyposécréteurs, les médicaments susceptibles d’influencer la sensibilité de l’estomac, tels l’Elavil (amitriptyline) ou les antidépresseurs agissant sur la sérotonine (Paxil, Celexa, Zoloft, Luvox, Prozac, etc.), pourraient être utiles.

La dyspepsie motrice (B1b.)

La dyspepsie motrice correspond à une sensation de plénitude de l’abdomen haut après les repas, avec possiblement une satiété précoce, c’est-à-dire le fait de sentir son estomac plein très tôt lors du repas. Le ballonnement ou des nausées sont souvent présents. Beaucoup de gens ont l’impression d’avoir la digestion lente ; pourtant, lorsqu’on mesure la vidange de l’estomac, c’est-à-dire la vitesse à laquelle les aliments sortent de l’estomac après un repas, celle-ci est habituellement normale chez 70 à 80% des patients. Pourquoi donc éprouvons-nous cette sensation de digestion lente si les aliments voyagent normalement dans le tube digestif ? De nouveaux tests, réalisés entre autres avec de petits ballons que l’on peut introduire dans l’estomac pour le gonfler, ont permis d’identifier deux problèmes au niveau de la relaxation ou de la sensibilité de l’estomac. Lorsqu’on mange, la paroi de l’estomac doit relaxer pour accepter les aliments qu’on ingurgite. Un estomac non relaxable, trop tonique, gardera des parois tendues ne permettant donc pas l’ingurgitation de grandes quantités d’aliments sans avoir l’impression d’être plein et d’avoir trop mangé. Un estomac trop sensible percevra les arrivées des aliments avec une trop grande intensité, pour occasionner ainsi inconfort ou douleur qu’un individu normal ne ressentirait que lors d’une distension beaucoup plus grande.

Les bloqueurs de la sécrétion acide (tels les IPP) pourront être utiles en diminuant la quantité de liquide (2 litres par jour) secrétée par l’estomac lors des repas et qui contribue donc au gonflement de l’estomac que certaines personnes hypersensibles tolèrent difficilement. On pourra tenter de faire contracter l’estomac «paresseux» avec des médicaments stimulants tels le métoclopramide (Maxeran), le dompéridone (Motilium), le cisapride (Prepulsid malheureusement maintenant retiré du marché) ou le tégaserode (Zelmac bientôt disponible sur le marché canadien). On pourra aussi tenter d’aider l’estomac hypertendu par des antispasmodiques (Bentylol, etc.), ou de soulager l’estomac hypersensible par des analgésiques viscéraux tel l’amitriptyline ou les agents de sérotonine (Paxil, Celexa, etc.).

Les moyens non pharmacologiques pour soulager la dyspepsie d’allure ulcéreuse ou motrice incluraient la psychothérapie (behaviorale, relation d’aide ou autre) sur laquelle nous reviendrons dans d’autres chroniques. Les approches alternatives telle l’acupuncture semblent aussi appréciées. Très souvent les troubles digestifs fonctionnels sont chroniques avec des périodes plus ou moins longues de relative accalmie. Il ne faudra donc pas se surprendre si au cours de notre vie on aura à reprendre les interventions thérapeutiques.

L’Helicobacter pylori : la « bactérie des ulcères » et la dyspepsie

On sait maintenant que l’ulcère d’estomac est causé la plupart du temps par une bactérie appelée Helicobacter pylori. Le traitement de cette bactérie par un cocktail d’antibiotiques et d’agents hyposécréteurs donne des résultats spectaculaires chez l’ulcéreux qui sera guéri à tout jamais de son problème ulcéreux. Cependant le fait de posséder dans son estomac l’Helicobacter pylori n’est pas un signe de maladie. Une portion seulement des porteurs d’Helicobacter pylori développera, pour des raisons que l’on comprend encore mal, la maladie ulcéreuse. L’Helicobacter pylori est trouvée chez environ 30 à 40% de la population québécoise et, manifestement, elle ne donne pas de troubles évidents chez tous. Son rôle dans la dyspepsie non ulcéreuse est pour le moins controversé. Malheureusement, la perspective de pouvoir soulager la dyspepsie fonctionnelle en éradiquant la bactérie ne semble donner de résultats satisfaisants que chez un très petit nombre de malades. Il ne faut donc pas être surpris que les symptômes de la dyspepsie fonctionnelle persistent après un traitement de la « bactérie des ulcères ». Seulement quelques rares individus seront guéris et, malheureusement, nous ne possédons actuellement pas de critères qui nous permettent de savoir qui sera le chanceux à profiter du traitement (on peut donc l’essayer et voir le résultat !).

B2 – B3

Les deux derniers désordres intestinaux sont beaucoup plus rares. L’aérophagie (avaler de l’air, rots fréquents) est habituellement reliée à une mauvaise habitude (souvent inconsciente) d’avaler de l’air (en mâchant de la gomme, en suçant des bonbons, etc.) et est souvent associée à un état de stress ou d’anxiété. Le vomissement fonctionnel fait référence à de rares situations où on a des vomissements inexplicables par des maladies physiques ou des désordres psychiatriques, et est souvent retrouvé avec un état de stress ou d’anxiété.