Syndrome de l’intestin irritable

SYMPTÔMES HABITUELS
- Douleur ou inconfort au ventre
- Selles anormales : diarrhée et/ou constipation
- Ballonnement abdominal et/ou flatulence
- Mucus dans les selles
Définition et symptômes du SII
Le syndrome de l'intestin irritable, qui a donné son nom à notre association, est en fait l'appellation populaire de ce que, pour être plus précis, nous aimons regrouper sous le nom plus général de «Trouble digestif fonctionnel». Au fil des temps, le même problème a pu s'appeler, par exemple, côlon irritable, colite muqueuse, colite spasmodique, intestin nerveux, foie paresseux, etc.
Parmi les troubles digestifs fonctionnels (TDF), les 2 problèmes les plus connus sont habituellement les problèmes d'estomac (douleur ou digestion lente) que l'on appellera dyspepsie fonctionnelle ou dyspepsie non ulcéreuse (DNU), et le syndrome de l'intestin irritable (SII) qui associe habituellement des douleurs abdominales et des selles anormales. Comme ces symptômes ne s'expliquent pas par des anomalies que l'on pourrait trouver par des radiographies, endoscopies ou tests de laboratoire habituels, on estime qu'ils sont dûs à un trouble du fonctionnement de l'intestin, d'où leur appellation «Troubles digestifs fonctionnels ». Au long de ce texte, TDF et SII seront utilisés la plupart du temps, indistinctement comme le veut souvent la coutume au Québec.
Comme indiqué sur la figure 1, les symptômes digestifs fonctionnels peuvent atteindre le tube digestif en entier, de la bouche à l'anus. Encore plus, chez le même patient, on pourra retrouver plusieurs différents symptômes (ex. : mal à l'estomac et constipation, etc.), soit qu'ils seront présents en même temps, soit qu'ils changeront de localisation au fil du temps.

Le SII s'accompagne souvent d'autres complaintes (fig. 2), telles la fibromyalgie, la migraine, la fatigue chronique, ce que l'on appelle l'état vagal (tension artérielle basse, susceptibilité à perdre connaissance, etc.), l'hypoglycémie subjective (c'est-à-dire sans anomalie documentée de l'insuline ou du glucose). On retrouve aussi très souvent une susceptibilité importante aux médicaments, les patients souffrant du SII se plaignant fréquemment d'effets secondaires aux médicaments.

Le SII, malgré les douleurs abdominales qu'il génère et les inquiétudes qui s'y rattachent, est différent des maladies intestinales telles le cancer intestinal, les maladies inflammatoires de l'intestin (maladie de Crohn ou colite ulcéreuse), la maladie coeliaque (entéropathie au gluten), l'intolérance au lactose, le problème d'adhérences, etc. Il est aussi important de spécifier que le SII n'évolue jamais vers d'autres problèmes, tels le cancer intestinal, les maladies inflammatoires, etc. Même s'il s'accompagne souvent d'instabilité psychologique, le SII est aussi différent des problèmes psychiatriques tels la dépression majeure, les désordres somatoformes ou l'hypochondrie.
Le SII est une condition très fréquente (voir fig. 3). On estime qu'environ 15% de la population occidentale souffre de symptômes du SII. En occident, ce problème touche principalement la femme, mais en Afrique les hommes sont atteints en fréquence égale, alors qu'en Inde la majorité des consultants sont de sexe masculin. Cependant, environ seulement 1/3 des sujets accusant des symptômes de SII consulteront un médecin à cet effet. Vous n'êtes pas seul ! 12% des patients vus par les omnipraticiens souffrent du SII, alors que 25 à 40% des patients qui consultent un gastro-entérologue sont atteints de ce problème.

L'impact économique du SII est très important. On a estimé qu'en moyenne un patient atteint du SII devra visiter son médecin environ 6 fois par année et qu'il manquera environ 13 jours de travail. Ces coûts s'additionnent évidemment à la dépense générée pour l'achat de médicaments. On calcule donc un coût global d'environ 1000 $ / patient chaque année, pour un total au Canada d'environ 1.4 milliard $ dépensés annuellement à cause du SII.
Diagnostic du SII
Dans la majorité des cas, le diagnostic pourra facilement être établi par le médecin généraliste. L'histoire des symptômes, leur type, leur durée, etc. sont souvent assez typiques pour permettre de poser un bon diagnostic. Évidemment, un examen physique normal confirmera le problème. Dans quelques cas, certains examens de laboratoire simples, tels des analyses sanguines ou des examens de selles pourront être obtenus. Quelques fois, des examens plus poussés, sous forme de radiographie de l'estomac, de l'intestin grêle ou du côlon, mériteront d'être faits. Plus rarement, les patients auront besoin de consulter un gastro-entérologue, qui devra peut-être procéder à des examens endoscopiques de l'estomac ou du côlon. Dans certains cas particuliers, des examens ultra spécialisés (manométries) pour étudier les mouvements des organes digestifs devront être réalisés. Heureusement, tous ces examens, malheureusement souvent inconfortables, n'ont que rarement besoin d'être pratiqués pour s'assurer du diagnostic. Le jugement du médecin est ici requis pour juger de la pertinence d'avoir à réaliser ces différents examens qui servent à éliminer d'autres maladies que le SII et qui pourraient donner des douleurs similaires.
Il n'y a pas actuellement de moyen diagnostic officiellement reconnu pour poser un diagnostic de SII. Il existe certes un nouveau test où on peut évaluer, à l'aide d'un petit ballon que l'on gonfle (la plupart du temps au niveau du rectum, mais aussi dans l'estomac, l'oesophage, etc.), la sensibilité des intestins. Ce test de viscérosensibilité s'avère anormal (l'intestin étant hypersensible) chez environ 3/4 des porteurs du SII. La plupart des projets de recherche sur le SII utilisent actuellement cet outil de mesure pour aider à comprendre la maladie et si possible cibler l'utilisation des médicaments.
Cause du SII
La cause des TDF est mal connue. On a cru dans le passé qu'il s'agissait d'une inflammation, et on l'appelait alors la colite muqueuse. On pensait par la suite que les contractions de l'intestin étaient trop fortes, et on l'appelait alors le côlon spasmodique (et on utilisait des médicaments antispasmodiques pour diminuer les mouvements ou spasmes de l'intestin). Tel que discuté ci-haut avec l'étude de la viscérosensibilité, la distension intestinale par le gonflement d'un petit ballon est ressenti habituellement plus fortement chez le patient avec SII que chez le sujet normal, et on pense actuellement que l'intestin du patient atteint de SII est hypersensible, d'où le nom d'intestin irritable. J'utilise souvent l'exemple du «système de son» pour illustrer ce concept (voir fig. 4) : un disque tourne sur la table tournante, mais le son qu'on entendra sortir des haut-parleurs pourra être faible ou fort selon le volume que l'on choisira sur l'amplificateur. Le même disque pourra donc s'exprimer peu ou beaucoup à l'aide de cette amplification, comme le même ballon pourra donner plus ou moins de douleur selon l'amplification de la sensibilité. C'est le concept actuellement soutenu dans le syndrome de l'intestin irritable, et la nature de cet amplificateur demeure encore la question majeure à élucider pour comprendre le SII et le traiter rationnellement.

La plupart des patients avec SII ressentent des inconforts ou douleurs lors des mouvements intestinaux qui surviennent par exemple après le repas ou lors de stress. On aurait évidemment tendance à penser que la douleur est due à des mouvements augmentés de l'intestin, mais la plupart du temps ces mouvements sont normaux. Cependant, la grande sensibilité intestinale fait que ces mouvements de l'intestin, qui devraient être non ou à peine perceptibles, deviennent ressentis plus violemment, voire même jusqu'à la douleur. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que les repas ou le stress soient des déclencheurs de la douleur (fig. 5), puisque l'un comme l'autre sont bien connus pour activer l'intestin, et ce de façon normale même chez l'individu sans aucun symptôme digestif.

Traitement du SII
Le traitement du SII est, dans la grande majorité des cas, relativement facile et efficace. La réassurance quant à la présence d'une maladie sévère et la modification des habitudes de vie, de diète ou de stress s'avèrent souvent capables de contrôler la grande majorité des symptômes chez la plupart des plaignants.
Dans certains cas, des conseils diététiques plus précis devront être obtenus auprès d'une diététiste. L'ingestion des gras (qui ralentissent la digestion), des fibres (utiles, mais en quantité raisonnable) et des éléments fermentescibles (qui favorisent donc les gaz et le ballonnement) est habituellement à revoir.
Certains médicaments peuvent aussi être utiles lorsque la réassurance et la modification des habitudes de vie n'ont pas donné les résultats escomptés. On pourra, selon les besoins, utiliser des antispasmodiques (Bentylol, Dicetel, Modulon, etc.) capables de diminuer les mouvements de l'intestin, ou encore des prokinétiques (Motilium, Prepulsid, etc.) qui peuvent les stimuler. Certains médicaments sont aussi tentés pour améliorer le problème de sensibilité intestinale ; les antidépresseurs agissant sur la sérotonine (Paxil, Prozac, etc.) ou l'amytriptiline (Elavil), par des mécanismes que l'on comprend encore mal, peuvent donner des résultats intéressants sur la sensibilité intestinale. De nombreux médicaments sont actuellement en cours de développement pour s'attaquer principalement à ce problème de l'hypersensibilité intestinale.
La psychothérapie semble s'avérer une aide importante dans la gestion des symptômes. Ceci n'est pas étonnant compte tenu de ce que nous avons discuté plus haut où le stress ou les émotions s'avèrent être des stimulants bien connus de la motricité des intestins. Le type de psychothérapie utilisée (relaxation, hypnose, behaviorale, relation d'aide, psychanalyse, etc.) ne semble pas être un facteur déterminant, des bons résultats ayant été obtenus dans toutes ces écoles. Votre acceptation ou confort face à une approche et/ou à votre thérapeute sont probablement des éléments essentiels à la réussite de la psychothérapie.
Toutes ces approches complémentaires se résument sur la figure 6. Il faut se souvenir que le traitement du syndrome de l'intestin irritable est souvent «personnalisé». Il n'y a pas de réponse toute faite ou universelle. La connaissance de soi vis-à-vis les phénomènes déclencheurs (diététique, émotif ou autres) tout comme vis-à-vis la réponse (bonne ou mauvaise) aux médicaments s'avère importante. La collaboration avec votre médecin s'avère souvent essentielle pour explorer les diverses façons de vous aider.

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